Domaine Saint-Jean de Chépy, Tullins

Canicule : comment les abeilles restent au frais ?

Canicule : comment les abeilles restent au frais ?

lutte contre la canicule

Comment les abeilles font-elles pour gérer la canicule que nous vivons actuellement ? Elles jouent sur 3 paramètres clé : l’utilisation des pouvoirs de la nature selon la formule suivante : eau + air = fraîcheur ; le collectif pour que tout le monde survive (couvain, abeilles, reine) et le « bon sens » appliqué par l’abeille qui naturellement n’installera pas son lieu de vie — l’essaim sauvage — en plein soleil ou dans une zone surchauffée mais plutôt dans un arbre, une forêt. Explications d’Henri GIORGI, apiculteur, fabricant de ruches-troncs.

Il faut partir d’un principe que nous connaissons bien. Il y a la température extérieure à notre corps (celle de la météo) et celle de notre corps.

Pour la température extérieure, nous ne pouvons pas faire grand chose puisque c’est l’ordre naturel qui gère la question. La canicule ne se prévoit pas plus qu’un été pluvieux. Pour la température intérieure, notre corps met en place des processus qui vont la maintenir au niveau optimal afin que notre métabolisme ne subisse pas de dégâts et même reste au top de ces énergies vitales.

La colonie d’abeilles fonctionne comme un organisme

Pour les abeilles, c’est exactement le même principe. Je ne parle pas ici d’une abeille en particulier mais d’une colonie d’abeilles. Une colonie d’abeilles, c’est un organisme vivant dans son entier comme peut l’être un mouton ou une vache ou un humain. L’ensemble des abeilles qui compose « la colonie » forme les cellules de cet organisme.

Comme tout organisme vivant, celui-ci possède toutes les combinaisons possibles de défenses contre les agressions naturelles. La chaleur en est une.

Mais à quel moment l’ « organisme-abeilles » (la colonie) juge t’il qu’il est « agressé » par la chaleur et donc entame une action de prévention ?  Une fois de plus, nous sommes dans le parallèle de ce que ressentira et engagera un organisme humain. Pour nous la température de bon fonctionnement organique est de 37°c. Pour la colonie d’abeilles… elle est identique ! Le cœur de la colonie, le couvain surtout, doit impérativement baigner dans une température de 36-37° (été comme hiver).

Comme c’est le cas actuellement, les températures extérieures avoisinent les 40°C à l’ombre… Et si la ruche qui abrite la colonie est exposée au plein soleil, la température peut alors très facilement grimper à 60-70°C et la détruire… Comment fait-elle alors pour réguler et maintenir une température vitale de 37° ?

La solution contre la canicule : la climatisation naturelle

Cette climatisation qui fait tant défaut dans les maisons de retraite de nos anciens — et même à peu partout en ce moment — existe depuis des millions d’années au cœur de nos forêts… Nos prétentions modernistes en prennent un vieux coup !

Comment les abeilles agissent elles ? Le plus simplement du monde. Une part d’entre-elles (plus ou moins importante selon la température à juguler) sera déléguée à la recherche et au transport d’eau. Cette eau ramenée à la ruche sera vaporisée à l’intérieur principalement sur les points névralgiques comme le couvain. Une autre part des abeilles sera déléguée à la ventilation de cette eau. Les abeilles se placent alors elles sur les points stratégiques et bien accrochées sur leurs papattes, vont entreprendre une ventilation collective. La règle nous la connaissons : le phénomène d’évaporation va créer du froid. La température va baisser et se stabiliser entre 36°C et 37°C. Voilà comment les abeilles ou plutôt l’organisme-abeilles lutte contre le trop chaud. Voilà aussi pourquoi les apiculteurs qui placent leurs ruches en plein soleil font une grave erreur. Ils ignorent qu’avant tout l’abeille est un insecte « forestier » donc abrité du soleil afin de ne pas perdre trop de son énergie et de sa population qui serait déléguée à la lutte contre le chaud plutôt qu’à la récolte de miel. S’inspirer de la nature, jouer collectif avec du bon sens… à méditer non ?

Article rédigé par Henri GIORGI, apiculteur alternatif avec Laurent RIVET, tous deux associés « Bleue comme demain »

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